Note d'intention du metteur en scène

"vieux comme le monde avec des yeux d’enfants"

    "A ma première lecture, mes sentiments étaient mitigés. Cette histoire de fratrie coupée du monde et en rejet de la société m’intéressait assez peu. Or, l’étrange entrée en matière, référence à l’allégorie des trois singes de la sagesse, a suscité ma curiosité. Sensible à l’onirisme et au fantastique, j’attends du théâtre un regard décalé. Je me suis alors penché sur les allusions mythologiques disséminées par Daniel Danis.

    Au cœur de l’intrigue se trouve le Dire-Dire, cinquième élément de la fratrie, axe du monde, il relie le terrestre au céleste. Cet objet est en cuivre, dont l’origine renvoie à Aphrodite : le Féminin. Noéma est cet unique Féminin parmi les trois frères, Forgeron et le Tonnerre. L’œuvre, portée par une écriture poétique et métaphorique, devient source d’interrogation sur le rapport au divin, sur le choix entre transcendance ou immanence.

    Mais le Dire-Dire est surtout un exauceur de parole : sans lui, les frères ont du mal à s’exprimer ; avec lui, leur parole devient performative. Tels trois acteurs-conteurs au théâtre, ils sont maîtres de leur monde et le créent grâce aux mots déposés dans cet objet. La parole est donc au cœur du propos. Forte et précieuse, elle est bien plus qu'un simple moyen d'expression, elle devient source subtile d'inventions langagières, outil de perception du monde et mode d’affirmation personnelle.

    La pièce se situe dans un temps et un lieu indéterminés, l’espace des souvenirs de ces frères qui nous racontent leurs aventures. Ils témoignent de leurs peurs, de la difficulté à vivre en autarcie face à une société intolérante et voyeuriste. Ils expriment leur difficulté à maintenir leurs propres lois et convictions face à un monde extérieur intrusif, désireux d’imposer ses codes au point de mettre leur union en péril."

Luc Dezel
Note d'intention de la scénographe

D'une relation avec le texte

    "La rêverie de ma première lecture consiste à laisser vagabonder mon instinct, mes premières visions.

    Nous sommes, moi, les spectateurs et les habitants de ce village, face à une maison comme impénétrable et dans le même temps, cette famille, ces trois frères et une sœur, sont à nu. Les murs, tous transparents, ne protègent pas du regard étranger, rien n'arrête ce regard.

    Les éléments sont convoqués, des éclairs tombent, ils transformeront l'espace, laissant apparaître des traces d'événements passés, l'étriquant."

Un espace générateur d'imaginaire

    "L'histoire est invitée ici et maintenant ou ailleurs. Tout est à vu, ouvert, l'espace du plateau et ses éléments donnent des ébauches, des bribes à voir, dont les comédiens, le son, la lumière, les spectateurs, s'empareront pour compléter le souvenir. Figure d'un doute de perception, de matérialité, il ne reste des objets que leur structure interne, leur squelette. Quelque chose s'est passé, il ne nous en reste que des indices, froids, déshumanisés. J'ai pensé ce lieu comme infini, tout en recherchant une atmosphère d'enfermement, car c'est bien au théâtre, dans cette cage que ces personnages sont mandatés, au cœur d'un lieu qui n'existe pas, la scène."

Kathleen Potier

Illustrations et recherches de Kathleen Potier Recherches graphiques